Le mythe des extraterrestres depuis l’Antiquité

aristoteplatonL’une des plus grandes singularités des anciens textes et légendes touche à la notion de la vie dans d’autres mondes. « Ces âmes innombrables qui tombent de planète en planète et qui, dans l’abîme de l’espace, pleurent la patrie quelles ont oubliée », fait-on dire au légendaire Orphée, fils d’Apollon. Et l’on voit dans ces mots une allusion à la vie sur d’autres corps stellaires.

Héraclite (v. 540-475 av. J.-C.) et tous les disciples de Pythagore (VIe siècle av. J.-C.) considéraient que chaque étoile était le centre d’un système planétaire. Démocrite enseignait que les mondes naissaient et mouraient. Parmi les étoiles, disait-il, quelques-unes seulement sont propices à la vie.

Un autre philosophe grec, Anaxagore (500-428 av. J.-C.) écrivit aussi sur « d’autres terres qui produisent la subsistance nécessaire aux habitants ».

Le mythe de la pluralité des mondes habités remonte au moins à l’Antiquité grecque. Ainsi le défendait, entre autres, Anaximandre, disciple de Thalès, père de l’école ionienne qui pensait la Lune semblable en tout point à la Terre. Pythagore se rallia à cette idée. Xénophane pensait que ses habitants vivaient dans de profondes vallées.

Métrodore de Lampsaque (IIIe siècle av. J.-C.) croyait à la pluralité des mondes habités. La prétention que notre Terre était la seule planète qui fût peuplée lui paraissait aussi absurde que l’affirmation qu’un vaste champ de blé ne contient qu’un seul épi.

1006394-lucreceEpicure (341-270 av. J.-C.) était également convaincu que la vie n’était pas limitée à notre seule planète. Le poète romain Lucrèce (v. 98-55 av. J.-C.) écrivait « qu’il était incroyable au plus haut degré que cette Terre et le ciel soient les seuls qui aient été créés », et estimait dans son poème De Natura Rerum, que « les éléments dans les autres régions de l’espace ont semé des êtres, des mortels, et des mondes ».

D’après Cicéron (106-43 av. J.-C.) le royaume des Cieux était peuplé d’une foule de génies. Anaxarque s’étonnait qu’Alexandre le Grand eût limité ses ambitions à notre seul monde quand tant d’autres s’offraient à lui. Plutarque rapporta que Pétron d’Himère, en Sicile, avait recensé 183 mondes habités : 60 sur chaque côté du triangle que formait selon lui l’Univers, et un à chaque sommet.

L’école d’Aristote, qui refusait cette conception pluraliste, l’emporta pour des siècles. La religion catholique devait adopter la même attitude. Il fut convenu que notre Terre était le centre incontestable du monde, unique parce que parfait.

Époque moderne

kepler-cw5L’idée sulfureuse resurgit cependant au XVe siècle sous la plume d’un respectable cardinal allemand. Nicolas de Cusa affirmait, dans De docta Ignorantia, que l’espace infini était peuplé d’astres aussi évolués que la Terre. Giordano Bruno exprima clairement cette conception dans son ouvrage De l’infinito universo e mundi (1584), et c’est cette audace-là, peut-être, qu’il paya par le feu.

Les observations de Galilée, plus précises que jamais grâce à sa lunette, furent exploitées dans ce sens par Kepler qui, dans Astronomia lunaris et Somnium astronomicum (1634), imaginait la vie des Sélénites.

Le XVIIe siècle vit apparaître les premiers essais de science-fiction planétaire. Parmi eux, ceux de deux évêques, décidément. The Man in the Moon, de Francis Godwin, fut traduit en 1649 par l’Homme dans la Lune ou le voyage fait au monde de la Lune, par Dominique Gonzalès, aventurier espagnol. Le véhicule cosmique était composé d’un chariot tiré par un troupeau d’oies.

John Wilkins soutenait pour sa part, dans son Discourse Concerning a New World, que le paradis se trouvait sur la Lune. A cette époque, le Français Cyrano de Bergerac inventa mille moyens d’atteindre l’astre nocturne.

page1-347px-fontenelle_-_entretiens_sur_la_pluralite_des_mondes-djvuC’est en 1686 que Fontenelle, secrétaire de l’Académie des sciences, publia ses Entretiens sur la pluralité des mondes. Ils évoquaient la vie souterraine des habitants de la Lune, d’où les multiples cratères dont elle est perforée, et l’existence sur Mars d’oiseaux phosphorescents qui permettraient aux indigènes d’y voir un peu plus clair…

Dix ans plus tard, l’astronome Christian Huygens, qui avait découvert que la durée de rotation de Mars est proche des 24 heures de la Terre, publiait Cosmotheoros. Il y admettait sans retenue l’évidence d’une vie, non sur la Lune, mais sur les autres planètes. A quoi pourraient-elles servir d’autre ? « Les hommes qui habitent les planètes ont la raison, l’esprit, le corps, de la même espèce que ceux qui habitent la Terre. »

Cette conviction habitera les plus grands esprits pendant deux siècles. Jusqu’à l’austère philosophe allemand Emmanuel Kant : « Je suis d’opinion qu’il n’est pas même besoin de soutenir que toutes les planètes sont habitées, car le nier serait une absurdité » .

Ainsi que le rigoureux mathématicien Laplace : « L’action bienfaisante du Soleil fait éclore les animaux et les plantes qui couvrent la Terre et l’analogie nous porte à croire qu’elle produit de semblables effets sur les autres planètes. »

Réflexion sur la vie martienne au XIXe siècle

L’attention se détourne de la Lune pour se concentrer sur la planète rouge. L’astronome anglais William Herschel remarquait que « l’analogie entre Mars et la Terre est certainement la plus évidente parmi toutes les planètes du système solaire ». Son digne fils John, qui démontra que l’axe de rotation est incliné comme celui de la Terre, écrivait qu’« il faudrait avoir retiré bien peu de fruit de l’étude de l’astronomie pour pouvoir supposer que l’homme soit le seul objet des soins de son Créateur, et pour ne pas voir, dans le vaste et étonnant appareil qui nous entoure, des séjours destinés à d’autres races d’êtres vivants »…

Il s’avéra par la suite qu’une atmosphère similaire entourait Mars, que deux satellites étaient susceptibles de l’éclairer, qu’en somme toutes les conditions étaient réunies pour permettre à la vie de s’y épanouir. Il n’en manquait que la preuve : Giovanni Virginio Schiaparelli l’apporta lors de l’opposition de 1877.

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« L’observation télescopique est plutôt décourageante, écrivait le directeur de l’observatoire de Milan, et il n’est pas surprenant que toute l’attention scientifique se fixe pour le moment sur Mars, le seul globe qui nous offre à cet égard un véritable intérêt d’actualité. (…) La planète Mars n’est pas un désert aride : elle vit, et sa vie se manifeste dans un ensemble très compliqué de phénomènes, dont une partie se développe sur une échelle assez vaste pour être observable des habitants de la Terre. Au nombre des sujets d’observation les plus intéressants, on doit signaler les variations périodiques des neiges polaires correspondant aux saisons. Tout conduit à penser que le climat sur Mars est celui de nos hautes montagnes, très chaud en plein soleil de jour, très froid pendant la nuit. »

flammarioncanauxAutre sujet d’observation des plus intéressants : des zones plus ou moins sombres, traversées par des bandes rectilignes troublantes. Schiaparelli reprit pour les nommer le terme de « canali » qu’un de ses prédécesseurs, Pietro Secchi, avait utilisé. Choix déterminant comme on sait. Leur disposition, ainsi que leur renflement lorsque les calottes semblaient fondre, amenèrent certains scientifiques à penser qu’effectivement, ces canaux n’étaient pas du seul fait de la nature. « Je me garderai bien de combattre cette opinion, qui n’a rien d’irrationnel », précisait Schiaparelli,  « mais en tout cas, la Nature peut faire des choses géométriques. »

Percival Lowell, homologue américain de notre grand astronome Camille Flammarion, pensait que : « Ces canaux ne sont pas des canaux au sens où nous l’entendons, puisqu’ils mesurent plusieurs kilomètres de largeur. Ce sont plutôt des bandes de végétation fertilisées par un véritable canal qui, lui, coule au milieu et reste invisible à cause de son étroitesse. Ce sont les ingénieurs martiens qui ont creusé ces canaux, afin d’irriguer le monde assoiffé. »

Pour mieux les traquer, Lowell ouvrit en 1894 un observatoire à Flagstaff, dans l’Arizona, à 2 200 mètres d’altitude. C’est là que les premières photographies de Mars furent prises, en 1905. Ses principaux ouvrages, Mars (1894), Mars and its Canals (1906) et Mars as the Abode of Life (1908), présentaient Mars comme une Terre plus avancée en âge, s’approchant de cette mort qui avait déjà frappé la Lune. Il voyait son eau disparaître irrévocablement à cause de la faiblesse de son champ gravitationnel. En phase de désertification, Mars ne survivait que grâce aux canaux, et au système ingénieux d’écluses qui les régulent.

Camille Flammarion a développé le sujet dans de nombreux ouvrages . En 1892, la Planète Mars et ses conditions d’habitabilité, en deux volumes, succédait à la Pluralité des mondes habités (1862), les Mondes imaginaires et les mondes réels (1868), les Terres du ciel (1884)…

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Dans la planète Mars, Flammarion concluait : « Il est possible que ce monde soit actuellement habité par une espèce humaine analogue à la nôtre, plus légère, sans doute plus ancienne et qui pourrait être beaucoup plus avancée. Toutefois, il doit exister entre les deux mondes des différences originaires essentielles. (…) Quant à la forme organique des  humains comme celle des animaux, végétaux ou autres êtres qui peuvent peupler cette planète, nous ne possédons encore aucun élément suffisant pour faire à cet égard des conjectures plausibles scientifiquement fondées. Mais l’habitation actuelle de Mars par une race supérieure à la nôtre est très probable. »

Dans une discrète note en bas de page de l’Astronomie populaire, il s’avançait davantage : « Il est bien probable qu’en raison de la disposition toute particulière des choses, la série zoologique martienne s’est développée de préférence par la succession d’ailes. Là-bas, les grandes races de vertébrés et la race humaine elle-même, qui en est la résultante et la dernière expression, ont dû conquérir le privilège, très digne d’envie, de jouir de la locomotion aérienne. »

Il évitait toutefois d’affirmer avec précision ce que son imagination l’invitait à croire. « Quelle sottise de prétendre que, sans un certain nombre d’équivalents d’oxygène et d’azote, la toute-puissante Nature ne saurait engendrer ni la vie animale, ni la vie végétale, ou mieux dire, nulle sorte d’êtres, car, de ce que la création est divisée en trois règnes sur la Terre, ce n’est pas une raison non plus pour qu’elle ne puisse apparaître en d’autres mondes sous des formes incompatibles avec aucune des formes terrestres ! »

Les extraterrestres au début du XXe siècle

A charge des auteurs de fiction déclarée de donner le visage qu’ils souhaitent à nos cousins intersidéraux. Leur morphologie ailée apparaît dans les Aventures extraordinaires d’un savant russe, de Graffigny et Le Faure (1888-1896) : leurs « membres étaient longs et paraissaient robustes, quoique grêles, et une membrane semblable à celles des chauves-souris les réunissaient ; (…) cette membrane leur servait à la fois d’ailes et de parachute ».

un-habitant-de-la-planete-mars-henri-de-parvilleLa similitude des conditions biologiques entre Mars et la Terre se retrouve dans Un habitant de la planète Mars, de François-Henri Peudefer de Parville (1865). Il y raconte par le biais de lettres anonymes la découverte d’un Martien momifié dans un aérolithe tombé sur la Terre :

« La tête sortie à peu près intacte ; pas de cheveux ; peau lisse, plissée, passée à l’état de cuir ; forme du cerveau triangulaire ; visage singulier en lame de couteau, une sorte de trompe partant presque du front en guise de nez… »

Plus tard, H. G. Wells retient l’idée d’une sécheresse qui dévaste Mars et qui incite ses Martiens de la Guerre des mondes (1901) à chercher asile sur notre Terre plus clémente. Dans l’Etoile rouge, d’Alexandre Bogdanov (1908), ils planifient sa colonisation afin d’assurer leur propre survie.

Parfois belliqueux, les Martiens offrent plus souvent un modèle envié. Schiaparelli, voyant dans ses canaux un phénoménal chantier, écrivait : « L’institution d’un socialisme collectif semble bien devoir résulter d’une pareille communauté d’intérêt et d’une solidarité universelle entre les citoyens, véritable phalanstère qui pourrait être considéré comme le paradis des socialistes. » Bogdanov dépeindra une société qui a réalisé depuis longtemps sa révolution bolchévique. Celle-ci est sur le point de se faire dans Aëlita, d’Alexeï Tolstoï (1922).

omega_10Le début du XXe siècle voit fleurir une littérature martienne délivrée de tout souci de crédibilité. Témoin, Gaston Le Rouge avec le Prisonnier de la planète Mars et la Guerre des vampires. Ou encore, Edgar Rice Burroughs, le père de Tarzan, avec les Conquérants de Mars, en 1912. C’est lui qui aurait le premier vêtu ses Martiens de… vert.

Dans le Docteur Omega, ou les aventures de trois Français dans la planète Mars (1906), Arnould Galopin transbahute le lecteur de « kangourous ailés » en « bêtes tenant à la fois du lion, de l’éléphant et du tapir », en passant par des « chauves-souris humaines » et des « concombres rampants » : « Figurez-vous un ballon de baudruche posé sur un corps de cigale et vous aurez un portrait très exact du maître des régions martiennes. » La voie est tracée pour accueillir Ray Bradbury et consorts.

Source : http://www.inmysteriam.fr/exobiologie-extraterrestres/le-mythe-des-extraterrestres-depuis-lantiquite.html

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